Ma mère, femme de décision s'informe à des voisins s'ils connaissent le propriétaire. Oui! Il demeure au bout de la ferme de l'autre côté du bois. Il y a un sentier creusé par les roues de tracteurs. Nous voulons tous aller dans le bois. Merveilleux, car ma mère avait pris la décision de nous y traîner. Mon père préfèrerait attendre. Attendre quoi! Faut battre le fer pendant qu'il est chaud, telle est sa devise. La petite caravane humaine est en route. Nous traversons un champs, une décharge (fossé large et profond), un autre champs. La route est longue pour des petits pieds. Je déteste marcher pour rien. Sauf que là, on gambade, on zigzague à travers les champs. Nous sommes tous heureux, nous sommes libres.
L'orée du bois se rapproche, par le sentier, nous y pénétrons finalement. C'est excitant. Mon corps tout entier vibre au rythme de la forêt. Je frissonne. Il n'y a plus de soleil, les arbres le cache, c'est sombre, peu importe nous avançons parmi les broussailles qui ont poussé à travers le sentier. Toute une excursion. Nous traversons une autre décharge. Une clairière s'offre à nous. Un grand pré de sable de plage en plein soleil au beau milieu du bois, on s'arrête, on se repose. J'explore. De magnifiques fleurs sauvages s'offrent à ma vue. Ce sont des Sabots de la Vierge. Une fleur blanche à veinure rosée qui a la forme d'un sabot. Une fleur par plante. J'en cueille un bouquet pour ma mère. Mon père trouve que c'est de la pure folie, mais il sait que rien n'arrête ma mère lorsqu'elle décide quelque chose. Pour lui, c'est impossible que cette ferme devienne la nôtre. Pour ma mère, son plan est déjà tout tracé. Elle est fatiguée de tirer le diable par la queue. Elle va le swinguer en enfer.
Nous reprenons la route. Finalement nous sortons du bois dans les deux sens du terme. Il nous reste le champ du propriétaire à traverser. Une grande maison de bois gris se rapproche de nous. J'apperçois des enfants, beaucoup d'enfants de tous âges. Ils doivent avoir de la visite. Eh ben non! Ce sont leurs enfants. Nous arrivons dans la cour. Silence. On se scrute, c'est-à-dire, nous sommes scrutés. On nous regarde comme des extra-terrestres qui viennent d'atterrir dans leur cour. Un grand gaillard d'une quarantaine d'années sort de la maison suivi de sa femme. Les enfants s'agglutinent autour de la mère, se pendent après sa robe, d'autres entourent les cuisses fortes de leur père. Ils ont peur de ses étrangers sortis du bois. Ma mère explique à l'homme vigoureux ce que l'on vient de traverser et le pourquoi. L'homme d'abord sidéré, abasourdi, écoute les explications du récit détaillé que lui narre ma mère. Il n'en revient tout simplement pas. Il laisse éclater un rire retentissant, tonitruant. Il regarde mon père qui hausse les épaules en signe d'acquiescement des péripéties que raconte ma mère. Tout le monde éclate de rire. Sa femme, une petite boulotte sympathique invite mes parents à entrer. Les extra-terrestres et les humains peuvent jouer maintenant. Un tourbillon de joie passe dans la cour faisant virevolter des poules énervées qui perdent des plumes et qu'un chien rachitique essai d'attraper.
C'est le bonheur total dans le bayou. Mon père et ma mère sortent de la maison accompagnés par le colosse qui nous offre d'embarquer dans la charrette pour faire visiter la maison et montrer l'étendue de la ferme. Nous n'avons pas tout vu. Il y a une autre terre avec vergers qui fait partie de la ferme avec bois bien sûr. De par le sourire vainqueur de ma mère, la joie de mon père, je sais qu'elle a réussi. Fini de tirer le diable par la queue. Devant la détermination, l'audace et le courage, il (le colosse) n'a eu qu'à s'incliner. Le coût de la ferme $5,500.00. Enfin, nous allons être chez nous.
Mathieu Deux

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